Fattoria Moncucchetto : une oasis verte au milieu de Lugano

Après le semi-confinement dû au coronavirus, nous prenons la route pour la première fois en rendant visite à des viticulteurs sélectionnés au Tessin et en Suisse alémanique. Nous nous en réjouissons comme des enfants qui attendent avec impatience l’enfant Jésus ou le lapin
de Pâques...

Notre première visite nous conduit à Lugano, à la Fattoria Mon­cucchetto. « Sommes-nous vraiment au bon endroit ? », demande José Vouillamoz, ne faisant confiance ni au système de navigation de la voiture de location, ni à sa copilote. En effet, rien n’indique qu’il s’agit d’une cave. Tout autour, juste de l’asphalte, des maisons, le bruit de la circulation, l’agitation. Puis, la rue devient de plus en plus étroite, bordée de villas majestueuses et de grands bâtiments de verre modernes.

Soudain, nous sommes comme catapultés dans un autre monde. Une grande arène de vignes se dévoile sous nos yeux, dominée par un spectaculaire bâtiment viticole à l’arcade imposante, qui offre un point de vue incroyable. Ce chef-d’œuvre architectural a été construit par nul autre que Mario Botta, architecte tessinois mondialement célèbre.

La fonction suit la forme

Lors de notre dernière visite, nous avions demandé à Luisetta Lucchini, propriétaire avec son mari Niccolò de la Fattoria Moncucchetto, si l’architecture avait changé le vin. « Mais oui, bien sûr, fondamentalement », s’était-elle exclamée, étonnée par cette question saugrenue. Propriété de la famille depuis 100 ans, la cave a été pendant longtemps son hobby. Un passe-temps exigeant et coûteux. Une véritable passion. Elle a d’abord produit du vin principalement pour sa famille et ses amis. Alors que la place vient à manquer, Luisetta Lucchini fait la connaissance de Mario Botta. Ce qui n’était qu’un passe-temps est soudain devenu un domaine à prendre au sérieux. L’architecture a donc complètement bouleversé le concept. Et a révélé une lacune : il manquait un professionnel compétent pour la cave !

La Fattoria Moncucchetto, Mario Botta.
Fattoria Moncucchetto, joyau architectural réalisé par Mario Botta.

La jeune et pétillante œnologue Cristina Monico a rapidement pris les rênes de la cave – « il n’y a pas de coïncidences dans la vie », disait alors Luisetta Lucchini. Et voilà que déjà Cristina se tient devant nous, nous saluant chaleureusement – bien qu’à distance, comme il se doit en temps de coronavirus – et nous conduit tout d’abord dans les vignes. « Nous avons eu énormément de pluie ces derniers temps », soupire-t-elle, « en dix jours, nous en avons eu 400 mm ici, mais heureusement, nous avons jusqu’à présent été épargnés par les maladies fongiques. » À côté d’un jardin potager et d’herbes aromatiques bien aménagés, les vignes sont alignées en rangées, protégées par des filets anti-grêle, comme presque partout dans le Sottoceneri où l’on peut s’attendre à des épisodes de grêle à tout moment. C’est une dépense importante – les filets anti-grêle coûtent environ 5000 à 6000 francs pour un hectare de vigne – mais c’est aussi une garantie de pouvoir récolter du raisin chaque année... Un Roccolo bicentenaire, ancienne tour des oiseleurs, veille aussi sur les vignes.

 

Écologique, mais pas biologique

« Est-ce que tu travailles en bio ? » « NON ! », la réponse fuse. « L’objectif doit être de travailler de manière écologique, c’est-à-dire dans le respect de l’environnement », explique Cristina avec détermination, « si vous voulez travailler en bio au Tessin avec des variétés conventionnelles, vous devez parcourir les vignobles une fois par semaine pour les traiter avec des préparations biologiques, ce qui est beaucoup moins écologique que la production intégrée. Bien sûr, nous n’utilisons pas d’herbicides et nous traitons les vignes le moins possible. Après tout, nous voulons apporter dans la cave des raisins sains, mûrs et sans résidus. »

Depuis la bâtiment, on peut profiter d’une vue magnifique sur les sommets boisés des montagnes environnantes, sur le lac de Lugano ainsi que sur le petit lac de Muzzano, caché derrière des arbres. « Vous entendez ? », demande Cristina. Un oiseau gazouille, seul son dans le silence apaisant. Et tout cela au milieu de la ville. « Toute la colline aurait déjà été couverte de constructions depuis longtemps, si la famille Lucchini ne s’était pas efforcée de préserver cette merveilleuse oasis verte. » Tout autour, sur la colline du Moncucchetto, on trouve 1,2 hectares de vignes. Les autres vignobles de la Fattoria se trouvent à Agra, Sorengo, Bioggio, Boscherina et Morchino. Au total, 6,5 hectares donnent 30’000 bouteilles de vin par an.

Cristina Monico œnologue et maître de chai, avec Luisetta Lucchini, propriétaire de la Fattoria Moncucchetto.
Cristina Monico (links), Önologin und Kellermeisterin, mit Luisetta Lucchini, der Besitzerin der Fattoria Moncucchetto.

 

Des vins d’une belle maison

Et qu’est-ce que cela fait de travailler dans un joyau architectural ? « C’est fantastique d’avoir la lumière du jour dans la cave et de pouvoir regarder le paysage, même si la température n’est pas idéale », rit Cristina, « mais on peut refroidir les cuves... » Des cuves en acier brillantes, de beaux fûts en chêne et deux colonnes – « elles nous gênent un peu, mais on a au moins réussi à empêcher Botta de planter un cyprès au milieu de la cave... », puis à l’étage inférieur la barricaia, la belle cave à barriques avec une imposante paroi rocheuse en arrière-plan. « J’aime guider les gens à travers la cave », s’enthousiasme Cristina Monico. Mais l’époque où les visiteurs venaient exclusivement pour Botta est révolue. Maintenant, ils viennent pour les vins.

Luisetta Lucchini a eu la main heureuse en choisissant la talentueuse œnologue Cristina Monico. Fille d’agriculteur du Val Blenio, elle parle parfaitement le français, l’allemand et elle a été formée à l’Istituto Agrario di San Michele all’Adige (Italie) puis à Geisenheim (Allemagne). Elle a non seulement une expérience à l’étranger (Afrique du Sud), mais aussi en tant qu’ancienne cheffe de projet d’étude des terroirs tessinois, elle connaît également les vignobles de son canton d’origine sur le bout des doigts et se tient informée des avancées scientifiques. De plus, elle est un véritable concentré d’énergie, passionnée et engagée, comme si c’était son propre domaine. Elle ne fait pas les choses à moitié, et préfère se consacrer à ce qui lui plaît personnellement. On cherchera donc en vain un Bianco di Merlot ou un Rosato dans la gamme de Moncucchetto.
« Luisetta me laisse les mains libres, j’apprécie beaucoup. J’ai carte blanche ici – c’est une grande chance ! » Les vins de Cristina sont régulièrement récompensés et nous convainquent également : par exemple le Spumante Refolo Brut, produit comme un champagne, puis le Merlot L’Arco, vieilli en cuves inox, avec son irrésistible parfum de cerise et sa belle acidité – « l’élégance et la fraîcheur sont importantes pour moi, on doit avoir envie d’en boire deux ou trois verres » – ou le Il Murchì Rosso, un pur Divico. Cette variété résistante aux maladies fongiques – « nous ne traitons que deux fois par an » – est particulièrement appréciée des femmes. Ce nouvel hybride obtenu à Changins est très coloré, produit peu de rendement et surprend par son acidité juteuse et ses notes épicées de violette, de framboise et de myrtille.

Le favori de Cristina dans l’assortiment reste le Merlot Riserva. Affiné pendant 22 mois en barriques neuves et complété par quelques pourcents de Cabernet Sauvignon, ce Merlot haut de gamme se présente d’abord fermé, presque un peu austère. Mais après quelques années de garde, il révèle une complexité et une profondeur qui en disent long sur sa créatrice. « Quand je les mets en bouteille, je n’apprécie jamais vraiment mes vins. C’est seulement après quelques années, quand il me reste à peine une bouteille en stock, que je les adore... »

Tipp von Cristina Monico

Grotto Morchino
Pazzallo
Via Carona 1
6912 Lugano

Grotto della Salute
Via Madonna della Salute 10
6900 Massagno